La 5 G, on en est où ? Le point de Jean-Pierre Bienaimé, secrétaire général de la 5GIA, au Credo

Jean-Pierre Bienaimé, secrétaire général de la 5G infrastructure Association, Président de l’Irest, a présenté aux « jeudis de la fibre » du cercle CREDO, l’état d’avancement de la 5G en Europe.

Sur le plan technique, les progrès sont rapide. Une première version de la 5G sur un cœur de réseau  4G sera normalisé mi-2018 avant une vraie 5 G en 2019.

Des expérimentations en vraie grandeur ont eu lieu cet hiver aux jeux olympiques coréens. L’Europe est, quand à elle, bien engagée dans les domaines de la santé, l’automobile, l’énergie, l’industrie. En suède, l’opérateur Telia doit lancer la 5G en décembre 2018 pour mener différentes expérimentations en 2019. Peugeot travaille sur la voiture connectée 5G, Deutsch Télécom a pour ambition de proposer la 5G sur tout son territoire dès 2020, différentes villes européennes se positionnent sur cette technologie. La  5G sera proposée dans les 13 villes de l’Euro 2020. La société Orange va tester en 2019 la 5G à Lille et Douay pour la téléphonie mobile. En Roumanie, Orange testera la 5G pour l’accès fixe-mobile, avec une économie sur les coûts de déploiement qui serait de 30 à 60 % par rapport à la fibre. Les initiatives des opérateurs de télécommunications français concernent actuellement neuf villes en France. En Inde et au Brésil, des expérimentations de déploiement de la 5G en zone rurale sont à l’étude.

La 5G va offrir une nouvelle « expérience utilisateur » pour le mobile, une solution d’accès sans fil fixe (Ftth light) pour le rural, une capacité énorme pour l’Internet des objets, et plus généralement une connectivité encore inconnue pour tous.

Le partenariat public privé européen « 5G PPP », met en place une douzaine d’indicateurs techniques ou économiques, afin de mesurer les effets de la montée en charge de la 5G sur le business et la société, notamment en terme de création d’emploi. Le partenariat public/privé est financé à hauteur de 700 millions d’euros par le secteur public et de 7 milliards d’euros par secteur privé.

Différentes phases de préparation du projet se succèdent. La première phase, plus technique a permis d’atteindre les objectifs en terme de densité d’objets connectés, de débit, de mobilité, de latence[1]. La 2ème phase, en cours actuellement, réunit 224 partenaires, qui montent des projets et mènent des expérimentations dans différents secteurs (médias, villes intelligentes, automobile, santé…). La troisième phase concernera la précommercialisation.

Ce qui distingue la 5G des autres normes, c’est l’intégration verticale par secteur :

  • automobile : Iot, ultra basse latence pour les véhicules automatiques,
  • Santé, : latence faible pour les interventions à distance, ultra-haut débit,
  • automatisation des process dans l’industrie,
  • automatisation de l’agriculture,
  • médias (réalité augmentée, réalité virtuelle)

La latence est inférieure à 1 millisecondes.

La fibre optique sera nécessaire de la station de base vers les milliers de microcellules qui seront déployées. Le réseau de collecte actuel de la 4G ne suffira pas, il faudra créer de nouvelles infrastructures.

La capacité de la 5G ira de 1 Gb/s à 10 Gb/s. Le débit entier d’une cellule 4G pourra être utilisé par 1 seul utilisateur 5G. L’allocation des bandes passantes nécessaires est à l’étude. Les règles d’harmonisation de déploiement des micro-cellules sont également en cours de définition.

Les modèles économiques sont en cours de définition. Un  premier livre blanc a été publié avec des hypothèses de rentabilité pour les réseaux B to X (véhicules connectés). On change d’écosystème avec l’intégration verticale pour chacun des secteurs considérés.

En matière de mutualisation, rien n’est fait.  Il faudra partager les infrastructures filaires et les fréquences. L’investissement viendra en addition des infrastructures précédentes. Dans le projet 5G City de Barcelone, l’opérateur qui possède l’infrastructure fournit à des fournisseurs de services des tranches de réseau avec une allocation dynamique.

Se posera la question de la neutralité du net qui ne serait pas compatible avec la virtualisation des réseaux et l’allocation dynamique de la bande passante.

Il est encore très difficile d’apprécier les timings de déploiement, notamment en l’absence de modèle économique. En France, la 5 G devrait être opérationnelle en 2022 au plus tard.

[1] Latence inférieure à 1 milliseconde